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6 - Le combat de Roosevelt contre les banquiers

 

6 - Le combat de Roosevelt contre les banquiers

 

En 1933, Roosevelt fut contraint d'accorder un moratoire à presque toutes les banques américaines. Il dévalua le dollar de 40 % et mis l'embargo sur tout l'or des États-Unis en réquisitionnant les banques fédérales, les particuliers et même le minerai extrait des mines. Ce stock fut enfermé dans les souterrains de Fort-Knox pour le compte du Trésor qui n'utiliserait cet or que pour le règlement des États-Unis à l'étranger. Le dollar faisait ainsi figure de monnaie internationale, puisqu'il était encore convertible en or. Ce privilège n'était accordé qu'aux banques d'État étrangères pour solder la balance de leur paiement. Pour les particuliers le dollar demeurait un dollar-papier.

 

À l'âge de 39 ans en 1921, Roosevelt subit une attaque de poliomyélite qui le paralysa. Il se retira de la vie publique pendant plusieurs années et étudia l'histoire de son pays et en particulier l'œuvre d'Alexander Hamilton. Hamilton, premier secrétaire du Trésor après l'indépendance, proposa à son pays une politique volontariste de crédit public. Roosevelt fut convaincu que la question du crédit était fondamentale pour le développement et que les égarements de la spéculation boursière, le règne de l'étalon-or et la gestion des dettes et des dommages de guerre constituaient un danger pour l'économie mondiale. En juillet 1928, il rédigea un article intitulé : ''A democratic view of our foreign policy'', dans lequel il s'élève contre la dérive de la politique extérieure américaine vers une diplomatie de la canonnière, et propose aux autres républiques des deux Amériques une politique de paix par le développement mutuel. Il recommande l’arrêt de toute intervention unilatérale de la part des États-Unis dans les affaires intérieures des autres pays et une coopération équilibrée, de manière à assurer plus d'ordre dans cet hémisphère et moins d'hostilité. Les temps sont mûrs pour entamer un autre chapitre. Après la crise de 1929, Roosevelt pense que l'heure d'une nouvelle politique économique et d'une nouvelle politique étrangère est venue. Il se présente contre Herbert Hoover, le continuateur du système anglais d'économie politique aux États-Unis, à la fois pour un retour à l'esprit des origines et un renouveau qu'il appelle le New Deal. Après sa victoire de novembre 1932, un climat d'hostilité commence à être créé contre lui par les milieux financiers. Le 15 février 1933, alors qu'il terminait un discours à Miami, des coups de feu sont tirés dans sa direction. Il en réchappe, mais le maire de Chicago est tué et plusieurs personnes grièvement blessées.

 

Roosevelt attaque l'oligarchie financière dans un discours prononcé le 4 mars 1933, dans le contexte d'une fuite organisée contre le dollar. Le dollar est alors convertible en or. Les spéculateurs vendent et le pays perd ses réserves de métal précieux, avec la complicité des grandes banques américaines et anglaises. Roosevelt fustige les marchands du temple. Voici quelques extraits de ce discours du 4 mars 1933 : « Les pratiques de marchands du temple sans scrupules se trouvent incriminées devant le tribunal de l'opinion publique, et rejetées par les cœurs aussi bien que par l'esprit des hommes. Oui, ces trafiquants ont tenté de faire quelque chose, mais leurs efforts portent l'empreinte d'une tradition périmée. Face à l'échec de l'émission de crédit, ils n'ont su proposer que le prêt de davantage d'argent. N'étant plus en mesure de faire valoir la séduction du profit par laquelle ils induisent les gens à suivre leur ascendant frauduleux, ils ont eu recours à des exhortations, plaidant avec des larmes dans les yeux pour un retour à la confiance. Ils ne connaissent que les règles d'une génération d'égoïstes. Ils n'ont aucune vision collective, et lorsqu'il n'y a pas de vision, le peuple meurt. Les marchands du temple ont abandonné leurs sièges dans le temple de notre civilisation. Nous devons maintenant y faire revenir nos anciennes vérités. Le bonheur ne réside pas dans la simple possession d'argent. Il tient à la joie d'accomplir, à l'émotion profonde de l'effort créateur. La joie et la stimulation morale du travail ne doivent plus être oubliées dans la folle poursuite de profits évanescents. Ces jours sombres que nous vivons vaudront bien tout ce qu'ils nous coûtent s'ils nous enseignent que notre véritable destinée n'est pas de nous laisser faire, mais de pourvoir à nos besoins et à ceux de nos prochains. La reconnaissance de la fausseté de la richesse matérielle comme critère de succès va main dans la main avec l'abandon de la fausse croyance suivant laquelle les responsabilités publiques ou une haute position politique se mesurent seulement suivant les critères de vanité et de profit personnel, et il faut mettre un point final à cette forme de conduite qui trop souvent, dans la banque et les affaires, abaisse une confiance absolue en une injustice, égoïste et sans cœur. Une refondation, cependant, ne fait pas seulement appel à des changements d'éthique. Ce pays exige de l'action, et de l'action immédiate. Notre toute première tâche est de mettre les gens au travail. Il ne s'agit pas d'un problème insoluble si nous y faisons face avec sagesse et courage. Nous pouvons en partie réussir si nous embauchons directement par l'intervention de l'État lui-même, nous mobilisant en vue de cette tâche comme nous le ferions dans une situation de guerre, mais en même temps, grâce à cette force de travail ainsi mobilisée, en accomplissant les grands projets dont nous avons besoin pour stimuler et réorganiser l'utilisation de nos ressources naturelles. Finalement, dans notre progression vers la reprise du travail, nous aurons besoin de deux protections contre un retour des maux de l'ordre ancien. Il devra y avoir une stricte supervision de toutes les activités bancaires, de crédit et d'investissement ; il devra en même temps être mis fin à la spéculation faite avec l'argent des autres, et des dispositions devront être prises pour assurer que notre monnaie soit à la fois disponible en quantité suffisante et suffisamment solide. »

 

 

7 - L’abdication du pouvoir politique face aux banquiers

 

Face à ce discours, le directeur de la banque d'Angleterre, Montagu Norman, se serait écrié : " l'insolent bâtard ! " Dans le club de banquiers américains qui contrôlaient le fonctionnement de la Réserve fédérale, la majorité partagea silencieusement le jugement de Montagu Norman. Les Warburg, les Meyer, les Lazard, les Harriman, et les associés ultraconservateurs de J.P. Morgan, en particulier Thomas Lamont, décidèrent d'organiser une entreprise de déstabilisation de la Présidence. Ces hommes, regroupés autour de la banque Morgan, entendaient contrôler les États-Unis au sortir de la crise encore davantage qu'ils ne le faisaient en 1928. Les Morgan avaient placé leurs associés dans 167 des plus grandes entreprises du pays, allant de la banque aux chemins de fer en passant par les compagnies d'électricité, et ils exerçaient un contrôle direct ou indirect sur tous les grands journaux du pays.

 

Leur première contre-attaque consista à organiser une opération contre le dollar. Le 6 mars 1933, en invoquant les pouvoirs que lui conférait un texte datant des années de guerre, le Trading with the Enemy Act, Roosevelt répliqua en fermant les banques pendant quatre jours et en proclamant un embargo sur le retrait ou le transfert d'or et d'argent. La tension fut alors à son comble. Roosevelt, malgré l'insistance d'une poignée de ses conseillers, ne se décida pas à aller jusqu'à prendre le contrôle de tout le système de banque et de crédit. Il aurait dû abolir ce club de banquiers qu'est la Réserve fédérale, et lui substituer une Banque nationale. Le pouvoir de fait qu'avaient et qu'ont d'autant plus aujourd'hui, les banquiers privés de battre monnaie avec leur instrument, la Réserve fédérale, aurait alors été repris par le Trésor public comme le prévoit d'ailleurs la Constitution américaine. Roosevelt établit que la monnaie serait toujours émise par la Réserve fédérale, mais ne serait plus convertible en or. Afin de limiter la spéculation et ainsi d'éviter que se constituent des géants de la finance, le Glass-Steagall Act fut voté en juin et instaura la séparation entre les activités de banque de dépôt, de banque d'affaires et d'assurances. Le 10 avril, Roosevelt présenta le premier de ses programmes de grands travaux : la Tennessee Valley Authority (TVA). La plupart des grandes compagnies électriques américaines se trouvaient sous le contrôle des intérêts Morgan, qui avaient bloqué tout nouveau projet depuis la fin de la première guerre mondiale et ainsi maintenu le prix du kWh à un niveau élevé. Or la TVA avait pour but de briser cette politique malthusienne en fournissant de l'électricité bon marché. L'affrontement entre la présidence et "le gouvernement parallèle" était dès lors direct. On ne donnait alors pas cher de la peau de Roosevelt. Certains banquiers étaient partisans de l'éliminer, d'autres de le ramener à la raison, c'est-à-dire aux intérêts de sa classe.

 

Le Glass-Steagall Act a été aboli en 1999. Les banques peuvent à nouveau exercer à la fois des activités de dépôt, d'affaires et d'assurances et cela est, bien évidemment, présenté comme un progrès de l'économie de marché !

 

Aujourd'hui, les banques centrales ont deux leviers de commandes. Le plus connu est le taux directeur, le loyer de l'argent. Le second est le taux de couverture accordé aux organismes de crédit. Les politiciens, qu'ils soient d'extrême-droite, de droite ou de gauche, ainsi que les économistes avec leur prétendue science, sont les complices des financiers. Leur système et leurs préjugés, leur aveuglement et leur égoïsme, sont la cause de millions de vies sacrifiées par les guerres civiles et internationales, par la faim, par l'exclusion et le chômage. Ils nous font croire que l'économie de marché, basée sur le profit maximal serait le seul moyen de vivre ensemble.

 

On comprend mieux de quoi il s'agit quand on relit la lettre écrite en 1865 par un banquier londonien à ses confrères de Wall Street à New York : « Messieurs, un certain M. John Sherman nous a écrit qu'il n'y a jamais eu autant de chances pour les capitalistes d'accumuler de la monnaie que par "un décret promulgué", selon le plan formulé par l'Association Britannique des Banquiers. Il donne presque tous pouvoirs à la banque nationale sur les finances de la nation. (...) Si ce plan prenait force de loi, il en découlerait de grands profits pour la fraternité des banquiers dans le monde entier.(...) M. Sherman dit que les quelques personnes qui comprennent ce système, ou bien seront intéressées à ses profits, ou bien dépendront tellement de ses faveurs qu'il n'y aura pas d'opposition de la part de cette classe, alors que la grande masse du peuple, intellectuellement incapable de comprendre les formidables avantages que tire le capital du système, portera son fardeau sans complainte et peut-être sans s'imaginer que le système est contraire à ses intérêts. Vos serviteurs dévoués. » Signé : Rothschild frères

 

Le 17 février 1950, Paul Warburg, membre du Council on Foreign Relations (CFR) et du groupe de Bilderberg affirmait devant le Sénat américain : nous aurons un gouvernement mondial, que cela plaise au non. La seule question est de savoir s'il sera créé par conquête ou par consentement. On le voit aujourd'hui, cela s'est fait sans résistance : FMI, OMC, OCDE...

 



08/03/2018
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