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3 - Les marchands d'or vont se transformer en banquiers / 4 - Naissance de la Banque d'Angleterre

 

3 - Les marchands d'or vont se transformer en banquiers

 

Une monnaie-marchandise est une monnaie qui à une valeur en soi, comme une tête de bétail ou la monnaie métallique d’or ou d’argent. À ne pas confondre évidemment, avec la monnaie métallique d’aujourd’hui en métal vil qui est, bien entendu, comme tous les jolis papiers colorés en circulation, une monnaie fiduciaire ou monnaie-fiat sans aucune valeur intrinsèque. Pour obtenir une monnaie frelatée, on met un peu de cuivre dans l’or, un peu d’étain dans l’argent et un peu de plomb dans les deux. Puis les spécialistes arrivent : les changeurs pèsent et comparent les lingots avec du métal qu’ils savent pur. On essaie plusieurs formes et finalement, le disque marqué sur les deux faces va s’imposer. Au Moyen-âge, l’émission des pièces est libre. N’importe qui peut fabriquer et « battre » des pièces. Mais rapidement, cette activité passe au pouvoir politique. La monnaie se trouve donc parrainée de royale façon. L’authenticité, le « bon aloi » des pièces est garantie par le roi, l’empereur. Aux 6, 7, 8e siècle, on bat monnaie dans plus de 800 villes. Le Roi de France a la sienne, l’Église aussi. Sous le règne de St-Louis, on compte 80 fabricants de monnaie. Les armées coûtent cher en or et argent. Ce sont des armées de mercenaires.

 

En 1490, la quantité de métal d’argent disponible en Europe est d’à peu près 3000 tonnes, et la quantité d’or de 90 tonnes. C’est tout ce dont dispose l’Europe pour assurer ses échanges, son commerce et la politique de conquête de ses rois. La première motivation des expéditions vers le futur continent américain, à la fin du 15e siècle c’est : l’OR ! Au Moyen-âge, le prêteur, l’orfèvre et le marchand commencent à satisfaire différents besoins.

1) prêter aux seigneurs l’argent et l’or lorsque les caisses de ceux-ci sont vides ; en échange, ils obtiennent des privilèges.

2) satisfaire le besoin de sécurité lors des voyages des marchands, afin d’éviter les bandits de grand-chemin. De là, l’introduction du billet à ordre. On dépose son or chez l’orfèvre qui donne en échange un billet à ordre ré-échangeable à destination chez un confrère orfèvre contre de l’or.

 

Les marchands vont se déplacer avec des papiers : les lettres de change. L’or reste dans les coffres. Le changeur de monnaie, l’orfèvre, le spécialiste qui sait reconnaître les bonnes pièces des mauvaises se transforme en banquier, c’est un commerçant un peu particulier, c’est un commerçant de monnaie. Il sert d’intermédiaire entre ceux qui ont de l’or et ceux qui ont besoin de crédit. L’or ne bouge pratiquement pas du coffre, bien qu’il puisse changer de mains grâce à la circulation des reçus émis par le banquier. Celui-ci peut donc le prêter pour peu de temps en pratiquant l’escompte des lettres de change. Ce faisant, il prête de l’or qui ne lui appartient pas et que les propriétaires peuvent lui réclamer à tout moment. Mais il prête pour peu de temps, et l’expérience montre qu’il peut sans risque se dessaisir momentanément d’une partie de l’or qui lui est confié. Cet or sera rapatrié dans les coffres de la banque à l’échéance des lettres de change que le banquier a achetées. Une partie de l’or en dépôt chez lui est ainsi constamment prêtée à l’extérieur, mais comme les déposants ne viennent jamais réclamer tous en même temps leur or, tout se passe très bien.

 

Le banquier fait l’intermédiaire entre ceux qui ont actuellement de la monnaie et ceux qui en ont besoin tout de suite. Il a rendu possible la généralisation du crédit. Pour compenser le manque de monnaie métallique, les billets à ordre s’utilisent de plus en plus comme moyen de paiement. Ainsi, de l’or « dort » sur les étagères – banks – des orfèvres qui ont l’idée d’en prêter une partie contre rémunération. Une même quantité d’or, dont ils ne sont pas propriétaires, sert donc plusieurs fois. Ils deviennent « banquiers » (stockage des valeurs sur des banks).

 

En 1630, Charles 1er réquisitionne 200 000 livres de pièces et de lingots déposés par les particuliers dans la tour de Londres. À compter de cette date, ceux qui possèdent de l’or jugeront plus prudent de le confier aux orfèvres londoniens. Le Suédois Johan Palmstruch est le premier à avoir eu l’idée du papier-monnaie et c’était à Amsterdam en 1656. Il a eu le « mérite » d’avoir le premier pris conscience de cette possibilité de mettre en circulation de la monnaie-papier au delà d’une couverture or à 100 %, d’offrir aux commerçants qui viennent lui vendre des lettres de change, des billets que l’on peut échanger à tout moment contre de l’or. C’est l’invention de la monnaie-papier.

 

 

 

4 - Naissance de la Banque d'Angleterre

 

Nathan Rothschild, né à Francfort en 1777 et mort à Londres en 1836, a fait la déclaration suivante en 1815 : « Peu m’importe de savoir quel pantin siège sur le trône d’Angleterre pour gouverner l’Empire sur lequel le soleil ne se couche jamais. L'homme qui contrôle l'offre monétaire de la Grande-Bretagne contrôle l'Empire britannique et c’est moi qui contrôle la trésorerie britannique. » La famille Rothschild s’est combinée avec la maison Orange de Hollande (famille royale) pour fonder la Banque d’Amsterdam au début des années 1600, elle devint la première banque centrale privée au monde.

 

En 1694, la création de la banque centrale d'Angleterre, la « Banque d’Angleterre », est simplement une charte accordée à un regroupement de banquiers. "Le passé est pour les économistes l'objet d'un mépris sans borne". Ainsi s'exprimait Tocqueville dans "L'Ancien Régime et la Révolution". En effet, s'il est un événement peu connu dans l'histoire économique, c'est bien celui de la naissance de la Banque d'Angleterre. Voyons plutôt.

 

Guillaume d'Orange, gendre de Jacques II qui s'était converti au catholicisme, usurpa le trône d'Angleterre après la Révolution de 1588. Gaston Bardet écrit qu'"en 1694, Guillaume d'Orange, devenu Guillaume III d'Angleterre; n'avait plus d'argent pour payer son armée. Ce Hollandais dont le succès avait été financé par les banquiers protestants de son pays, va - juste retour des choses - être pris dans l'engrenage des usuriers anglo-hollandais. Guillaume III était à court d’argent et dans l’impossibilité de lever des impôts. Il reçut donc, en 1694, la visite d'un syndicat d'usuriers conduits par M. William Paterson qui lui proposèrent une petite combinaison. Ils créeraient une banque au capital de 1 200 000 livres-or qu’ils prêteraient au roi. Le syndicat privé avança au gouvernement un prêt en or de 1200000 livres au taux de 6 %, le capital et l'intérêt étant garanti par l'État et payés en or.

 

En contrepartie, sa majesté autoriserait leur banque à émettre, seule, des billets de banque dans la cité de Londres, pour une somme équivalente qu’elle utiliserait pour son propre compte. Comme le syndicat se démunissait de tout son capital pour financer le prêt, il avait en échange le droit d'émettre et de négocier des billets à ordre jusqu'à concurrence des 1200000 livres prêtées en or à l'État. Le roi ayant accepté cette combinaison, le syndicat privé eu le droit de s'appeler ''Banque d'Angleterre''.

 

Ses fondateurs venaient d’acquérir le monopole de fabriquer de la monnaie légale. Les plus grandes réformes monétaires naissent de circonstances imprévues ! Ainsi l'Angleterre fut le premier État à se départir de son droit régalien de battre monnaie au profit d'un "syndicat privé" (à l'intérieur duquel Isaac Newton était grand Maître de la monnaie), qui s'en arrogeait le droit contre un intérêt... financé par l'impôt. Sir Robert Peel, plus d’un siècle après, fit décider par le Parlement que les 279 banques du Royaume-Uni qui émettaient encore des billets ne seraient pas remplacées quand elles disparaîtraient. Le monopole de la Banque d’Angleterre s’étendit à tout le pays. Créée en 1694, elle fut nationalisée en 1946.

 



04/03/2018
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